Un placebo est un moyen thérapeutique qui n’a aucune efficacité propre mais qui agit sur le patient par des mécanismes psychologiques et physiologiques. Nous nous attacherons au résultat psycho-physiologique positif constaté après l’administration d’une substance ou bien après la réalisation d’un acte thérapeutique. Cet effet bénéfique, selon divers essais cliniques réalisés sur ce sujet, oscille entre 30 et 70 %. Le changement d’attitude du patient, lorsqu’il prend part à un acte thérapeutique, en est un des éléments incontournables.

Pour certains symptômes ayant attrait à l’état mental, il semble exister un réel effet placebo. C’est notablement le cas de la douleur physique : le cerveau réagit de façon similaire à un vrai ou à un faux comprimé antidouleur, phénomène partiellement attribuable à notre conditionnement. Mais ça ne semble pas l’être pour des symptômes liés à la maladie de Parkinson à l’asthme ou à des troubles de l’audition…

Howard M. Spiro a démontré le peu d’efficacité du placébo sur la lésion organique mais beaucoup plus sur la souffrance qui l’accompagne, ce qui tendrait à confirmer son bénéfice dans les troubles psychosomatiques et psycho-fonctionnels. Dans son livre, « la puissance de l’espoir », il  argumente que toute médecine alternative, dans la mesure où elle ne présente aucun danger pour le patient, a tout à fait sa place dans la panoplie du thérapeute.

Une diminution des symptômes après traitement par placebo pourrait aussi s’expliquer par une guérison spontanée ou une régression naturelle de la maladie. De fait, de nombreuses pathologies disparaissent au bout d’un certain temps, avec ou sans traitement.

L’un des éléments fondamentaux de l’effet placébo en est le thérapeute qui délivre son message au patient. Il doit se montrer bienveillant à l’égard de son patient et convaincu du traitement qu’il lui propose en lui exprimant un message positif et en lui certifiant qu’il se rétablirait rapidement.

Cela revient à rappeler la plus ancienne des théories formulées par Hippolyte Bernheim, la suggestion. Elle incite le patient à se focaliser sur la chose suggestionnée et à faciliter sa transformation en action par des mécanismes inconnus. C. Bykov de l’école russe de Pavlov, dans son livre – L’écorce cérébrale – écrit « qu’un mot peut être le stimulant puissant des plus complexes manifestations fonctionnelles ».

Pavlov a démontré d’une part que les mots sont associés à la représentation des objets et des êtres à la suite d’éléments répétitifs et que, d’autre part, l’être humain possède des aires de la pensée qui donnent au signal sonore une valeur symbolique : le mot et sa représentation ne forment qu’un.

La prestigieuse revue Science a publié une étude en PET Scan – technique d’imagerie permettant de visualiser la consommation en oxygène des zones cérébrales durant leur fonction physiologique. Elle montre que l’administration d’un morphinique et d’un placébo produit l’activation des mêmes structures anatomiques : le gyrus cingulaire   antérieur (CAA), la partie frontale du cortex cingulaire en forme de collier dont les fibres relaient les signaux neuronaux entre les hémisphères cérébraux droit et gauche. Il tient un rôle important dans les états affectifs et intervient dans le choix des réponses. Qu’il y ait administration d’un médicament ou seulement d’un placébo, les circuits empruntés sont les mêmes ! Alors pourquoi ne pas les actionner plus souvent quand cela s’avère possible.

Il est des pathologies pour lesquelles la médecine rencontre des difficultés à les traiter. C’est le cas des maladies psychosomatiques. Des chercheurs, des médecins, des hommes, ont essayé de trouver la faille de ces insuccès qui amènent de plus en plus de nos concitoyens à rechercher une médecine moins agressive, plus attentive à leur personne, qui prenne le temps de les écouter, de les comprendre et de les sécuriser. « Si la supercherie guérit, écrit le professeur Escande, c’est qu’elle fait appel à des mécanismes de guérison puissants. Ce sont ces mécanismes qu’il est urgent de découvrir». Il n’est pas besoin de les découvrir, seulement d’observer nos patients. Il n’est point de supercherie, seulement d’ouverture d’esprit. Ce n’est pas la maladie qu’il faut guérir mais aider l’être humain à se libérer.